Le privilège de « traîner » longtemps dans un même pays est de pouvoir observer le changement des saisons et son impact sur l’air ambiant. C’est notre cas en ce début d’automne. La Croatie en cette fin de septembre ne ressemble plus vraiment à celle du mois d’août. Qu’est-ce qui ne bouge pas, qu’est-ce qui change ?
On vous rassure tout de suite, le continent et ses îles sont toujours à la même place. La végétation évolue peu. Les bougainvilliers se fanent mais les autres essences restent toujours aussi belles. La région dans laquelle nous butinons actuellement, plus au nord, comporte moins de pins maritimes, figuiers, grenadiers et autres oliviers mais plus de chênes verts. A peu de chose près, une île croate est toujours composée de la même manière : un bord de mer rocheux d’environ deux à trois mètres de haut bien vite remplacé par une végétation dense (voir les essences citées plus haut) sauf à certains endroits très exposés au vent et au soleil où la garrigue -voire la pierre- prend le pas sur les arbres. Donc, en regardant de bas en haut, une île c’est le bleu profond de la mer, le blanc laiteux du bord de mer et enfin le vert plus ou moins sombre de la végétation qui s’y développe. Ajoutons à cela les rouges vifs des toits, le pointu des clochers « campaniles » et les multiples blancs des façades de maisons anciennes (façades qui tournent à l’or pur quand le soleil du couchant vient les caresser) et nous aurons une bonne idée des paysages traversés. Pas de monotonie cependant tant la diversité des formes et des reliefs donne à chaque îlot, chaque île, une personnalité propre et souvent attachante.
Prendre de la hauteur et admirer les îles croates dans le contre-jour d’un soleil matinal !
Ce qui ne bouge pas non plus, c’est la très grande propreté de ce pays. De deux choses, l’une : ou bien ils nettoient leurs rues et places en permanence (mais nous n’avons rien vu de tel : l’entretien ne semble pas plus fréquent ici qu’ailleurs)) ou bien ils respectent leur environnement, chose assez rare voire improbable dans des pays que nous connaissons bien, nombreux aussi bien au sud qu’au nord, le notre en particulier. Marcher sans regarder par terre de peur de glisser sur… ou encore n’être pas constamment agressé par la couleur des emballages divers et variés jonchant nos sols améliore considérablement la qualité de vie. Qui sommes-nous donc pour être incapables de nous respecter nous-mêmes en acceptant de vivre en permanence dans la m… ? En tous cas, bravo les croates sur ce point-là ! Je reviendrai un peu plus tard sur un problème conséquent qui concerne la saleté incroyable de la grande bleue car il s’agit d’un autre sujet.
Alors, rien ne bouge ?
Oh que si ! A commencer par le temps qui se dégrade à vue d’œil : froid la nuit, frais le matin, venté la journée. Dire qu’il y a huit jours, la baignade était l’occasion de se rafraîchir. Qui penserait mettre un orteil dans l’eau aujourd’hui ? Une Bora glaciale souffle avec force. Elle a remplacé le Yugo, chaud et pluvieux, qui nous a bloqué deux jours complets à Rogoznica. Le soleil de la journée, encore assez présent, peine à assurer le minimum quand la nuit, de plus en plus pressée, tombe. Courons nous réfugier dans une quelconque « konoba » (synonyme : taverne, resto, auberge, grill surtout) pour s’abriter du vent ! Konoba fermée, mon bon monsieur. Plus de touristes, plus de Konoba. Heureusement, dans chaque petit bourg désormais désert, il y a presque toujours un courageux aubergiste qui résiste. Inédit, hier soir dans l’île de Molat, précisément dans le micro port de Zapuntel (une dizaine d’âmes vivantes), le patron de la seule et unique konoba nous a fait le cadeau d’ouvrir sa boutique pour nous tous seuls. Un poisson tiré de je-ne-sais-où a fait notre régal : le brave homme est un pêcheur confirmé comme l’attestent les photos exposées sur les murs du resto. Bien que sans doute sortie du congélateur, la bête fut excellente ; arrosée par un enthousiasmant vin blanc (Patrick, tu aurais apprécié!).
Nous avons dit plus de touristes, ou vraiment très peu. Ceci nous confirme l’impression prégnante que nous avions : il n’y a pas que des retraités butineurs sur cette planète. Dont acte. Restent quelques familles sans enfants, d’autres retraités ou des jeunes mâles venant de l’est pour continuer à animer les plans d’eau. Car il reste du monde en mer, notamment les fameux charters (bateaux en location) dont nous aurons l’occasion de reparler dans un prochain bilan croate). Ceux-ci, parfois, à l’instar du voilier « la Sardine » de Marseille, bouchent les ports. Deux refus d’accueil nous ont été signifiés le même jour, à Biograd puis Zadar car, étant vendredi soir, les voiliers loués rentraient au port et prenaient l’ensemble des places libres. Fin septembre, tout le monde à la casa et plus de place dans les ports …. cherchez l’erreur !
Nous terminerons ce petit état des lieux de la Croatie en automne par l’expression d’une joie profonde : libérés de toute pression touristique, les ports des îles proches de l’Istrie nous offrent leur calme, leur sérénité et nous laissent voir un peu de ce que doit être la vie en hiver de ces îliens. Soyons francs, nous aurions du mal à nous projeter dans cet univers-là : les jeunes sont à l’école sur le continent, les quelques rares adultes actifs partent travailler également ailleurs, les boutiques sont closes et il y a comme une absence qui plane sur l’ensemble. Ceux qui nous connaissent bien vont rire mais … vivement la ville !
Quand Éole nous aura laisser passer et que Pixel tirera tranquillement sur ses amarres dans l’île vénitienne de La Certosa, nous pourrons nous souvenir de cet épisode assez différent de ce que nous avons vécu depuis le mois de mai. Mas ceci est une autre histoire !
Et, ceci ne nous regarde pas !!!!!!!!!!!!!!!!!!!