D’UN CAILLOU A L’AUTRE

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Un grand lac avec plein de cailloux dedans, c’est finalement à ça que ressemble notre grande bleue. Les cailloux en question peuvent être très gros ou tout petits. Les très grands  se nomment Corse, Sardaigne, Crête, Malte, Chypre. Les petits sont innombrables ou presque. Ce matin, nous partons pour le plus grand d’entre eux, il se nomme Sicile. Il est loin de notre mouillage, à plus de 326 kilomètres. L’occasion de vous raconter comment s’organise une traversée  qui, cette fois, aura duré trente trois heures.

Une traversée, on y pense quelques jours avant. Météo, route à suivre, checkup  du bateau  occupent nos fins de journées. Il est vrai qu’en mer, nous trouverons peu de panneaux indicateurs, des routes parfois très mal goudronnées, aucune aire d’autoroute pour s’acheter un bâtonnet glacé ou se soulager, quant aux pompes à diesel, autant oublier tout de suite.

Ce qui définit en premier une traversée, c’est le cap à suivre. Pour nous, ce sera au 106°. Cap que nous devrons tenir du départ à l’arrivée. Le bateau va dériver un peu, quelques facétieux courants vont nous « dépaler » et donc, selon notre position, ce sera au « 110″ ou au « 104″  peut-être que nous devrons diriger l’étrave de Pixel au fur et à mesure de notre progression. Voilà pour l’aspect navigation auquel il ne faut pas oublier d’ajouter la direction du vent, incontournable. Pour exemple, avec un vent contraire et à la voile, c’était plus de six cents kilomètres que nous aurions dû faire. D’où notre départ différé de deux jours.

Las, le vent n’était plus contraire quand nous sommes partis mais nous a progressivement abandonné quelques petites heures après le départ. Dans notre nautique jargon, nous disons faire appel à la risée diesel…risée diesel pour Pixel : ce pouvait être le titre de cet article, finalement.

Partis le 31 mai à 8 H 30 , nous arrivâmes donc  le 1er juin à 17 H 30.

Mais qu’est-ce qu’on peut faire tout ce temps dans le bateau ? Surveiller le cap, régler les voiles le cas échéant, veiller à ce que notre route ne croise pas de trop près la route d’un autre (et quand cet autre est un ferry ou un porte conteneur de plus de 300 mètres de long…les risques deviennent majeurs) y compris de nuit, grâce à nos yeux de lynx mais aussi de notre vaillant radar, écouter le moteur tourner rond (ou pas), préparer à manger, manger, règler le pilote automatique sur le bon cap, et plein d’autres choses encore. Nous nous relayons la nuit en faisant des quarts de veille non planifiés (désolé les Glenans !), un peu quand l’un se sent volontaire pour un petit somme, un peu quand l’autre réveille le premier après quatre heures de « nav » de nuit, mais toujours sans difficultés, nous nous connaissons bien et l’organisation se met en place toute seule. Et puis, les quarts reprennent aussi la journée pour que chacun puisse repiquer deux ou trois heures. Une dizaine d’heures avant l’arrivée, les hauts sommets de Siicile se dévoilent. TERRE, TERRE !!!

Voilà, vous savez tout de nos traversées, jamais les mêmes d’ailleurs (temps, climat, vent, stress, rencontres d’autres navires,….) et vous ne savez rien, mais alors rien, des choses importantes.

Rien de la sensation unique de traverser un total désert liquide (cette fois, un seul voilier sur le même cap et au loin, trois bateaux croisés), de perdre les oiseaux puis de les retrouver à l’approche des côtes ; rien de la surprise , quand le petit jour pointe à cinq heures trente du matin, de recevoir la visite de deux dauphins qui viennent sauter dans votre sillage.

Rien encore, du chuintement de l’eau qui file sous la carène quand revient un léger soupir d’Eole, que vous venez de remettre les voiles (calme absolu, plus de vibrations mécaniques) et que Pixel s’ébroue en s’inclinant légèrement sur son tribord. Le soleil, énorme disque rouge sur l’horizon, finit de s’extirper de sa gangue liquide; l’air est comme neuf et vous savez à cet instant précis que c’est là, et pas ailleurs, que votre place se trouve.

Alors, la prochaine fois, on essaie ? chiche !

Prochain article si internet veut bien fonctionner (pas évident en Sicile !) : Palerme, ô Palerme !

4 réflexions au sujet de « D’UN CAILLOU A L’AUTRE »

  1. Y.D Vinet

    Vous devez approcher de la Sicile si le vent est de la partie. Nous venons de rentrer de l’Ardèche avec une semaine de beau temps et de la chaleur enfin. Nous avons juste le temps de faire les lessives avant de repartir pour l’Espagne vendredi 12 juin. En repartant de Sicile peut-être faites-vous une halte dans les îles Eoliennes. Ce doit-être magnifique. Bon vent et bonne navigation.

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  2. Max

    Merci pour cette belle leçon de conduite du voilier. Vous devez être en Sicile maintenant. La Sicile! terre de légendes et patrie d’Archimède. Finalement vous pourriez refaire le périple d’Ulysse.
    Irez-vous à Malte ensuite? Vous allez frôler la Tunisie. attention aux pirates!
    Ici on commence à étouffer et de façon plus banale que vous on se contentera d’aller à la plage!
    A bientôt bises Max et Annie

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  3. Y.D Vinet

    Nous avons aussi vu çà à Majorque dans les criques des petits ports de pêche (les maisons de pêcheurs avec rampe d’accès à l’eau pour le bateau)

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