Nous évoquions, dans notre dernière actualité, nos déconvenues mécaniques. Nous avons mangé notre « pain noir » comme nous disions quand l’internet et la mondialisation n’existaient pas encore. Parlons cette fois, du « pain blanc » qui lui succède, comme le beau temps vient par après la pluie. Amalfi (image ci-contre), Capri ou encore Procida ou Ischia … de quoi rêver ? Certes. Mais les trois perles étaient ailleurs, bien ailleurs ! …
Pixel a donc repris sa marche vers le nord-ouest , le long de la côte italienne. Le moteur cogne encore un peu entre 1300 et 1700 t/m mais tourne rond au ralenti et à haut régime, calé sur ses nouveaux silent-blocs. Pas de commentaires mécaniques cette fois, ni de décompte de ce qui, trop vieux ou pas assez solide, nous a lâché MAIS un très, très grand merci aux nombreux lecteurs qui nous ont envoyé conseils, commentaires ou désolations. A presque mille milles nautiques de l’écurie, la surprise de voir que vous nous suivez avec autant de bienveillance nous a fait chaud au cœur ! On va tâcher de vous étonner encore un peu, comme nous nous étonnons nous-même quand, dans la mie de notre pain blanc, nous tombons sur trois perles … dont l’existence était prévue pour l’une mais totalement inattendue pour les deux autres.
Commençons par notre première découverte : le cap Palinuro, devant lequel nous avons mouillé, est une vraie merveille. Des caps, nous en avons collectionnés un certain nombre depuis notre départ, il y a maintenant trois saisons. Plaçons celui-là dans notre panthéon familial : il est un des plus impressionnants que nous ayons pu admirer. Impressionnant n’est d’ailleurs pas le mot exact car il ne culmine pas vraiment très haut. Les roches prennent des couleurs variées, étranges parfois sous le coucher du soleil. Un îlot minuscule est comme posé sur la mer, ses bords érodés le faisant apparaître comme une énorme barque flottant sur les eaux cristallines de la petite crique où se dandine Pixel. Quelle est cette baie dans le sud-est asiatique (Vietnam, Cambodge?) parsemée d’îlots ayant exactement cette forme ? Des centaines d’oiseaux y piaillent allègrement, tournoyant au-dessus d’une végétation ébouriffée. Nous pouvons également admirer des cavités profondes au ras de l’eau mais, plus surprenant, également à toutes les hauteurs de la falaise. Le niveau « zéro » de la méditerranée a beaucoup évolué à une époque ce qui rend plausible que les « trous » du haut aient été formés aussi par l’action de la mer sur la très tendre roche de l’endroit. A moins que …. (par pitié, si un géologue lit ces lignes … qu’il excuse ma totale et regrettable incompétence). Nous rêvons de groupes d’hominidés colonisant ces grottes et les disputant aux quelques ours mal léchés présents au même endroit.
Plus tard, nous arrivons à Agropoli, bourg balnéaire assez banal, calé au-dessus d’un port sans autre attrait que la possibilité d’un gîte dans une marina chère. Marina chère (et non pas chère marina !) est, dans la région, un pléonasme. Nous essayerons de mouiller notre ancre aussi souvent que possible ! La plus belle invention d’Agropoli reste le car qui mène à Paestum. Pas d’arrêt marqué par un panneau, à l’aller comme au retour, des horaires fantaisistes … Paestum se mérite. Ce site est une merveille que nous avons kiffé grave (excusez-moi, je tente de rajeunir mon lectorat). Site et musée sont fascinants, un des deux plus beaux sites antiques que nous ayons visité. Merci à Pierre et à Philippe, nos équipiers, pour avoir attiré notre attention sur cet endroit. Nous concluons ainsi nos émotions antiques et hellènes par ce point d’orgue qui nous ramène à la Grèce et à un peuple méconnu : les Lucaniens. Je renvoie à chacun le plaisir d’aller se documenter sur Wiki ou autre.
Ci-dessous, quelques images de ce merveilleux site. Dans l’ordre : le temple dit d’Athena ou de Cères puis le temple dit de Neptune, le plus impressionnant et le plus vaste avec, en arrière plan, la « Basilica », temple un peu plus ancien dont l’architecture est moins élaborée que celui de Neptune. Pour conserver l’équilibre des formes et l’esthétique visuelle, les grecs incluaient des dissymétries dans les volumes. Une « triche » architecturale extraordinaire pour l’époque, présente ici sur le Neptune mais pas sur la basilique (nom donné à tort par les découvreurs du site). Enfin, un petit jeu de perspective avec la lumière du matin et les colonnes.
Enfin, et ce fut parfaitement inattendu, nous sommes arrivés dans le très abrité mouillage de Gaeta. Gaeta ? C’est où, ça ? Grossièrement entre Naples et Rome, dans un golfe du même nom. Pas d’effets spéciaux comme au cap Palinuro, pas de ruines célèbres inscrites au « grand Tour », pas l’ombre d’une mention sur notre guide touristique « Italie du sud », juste un magnifique ensemble fortifié Normando-Aragonais et des belles roches sur le cap quand on arrive. La surprise est à l’intérieur : une ville de 21 000 habitants, divisée en bourg médiéval et en bourg « moderne » Dans la partie médiévale, au pied des fortifications, on trouve quelques ruelles remarquables aux murs bâtis avec des pierres, du ciment mais aussi des matériaux de récup … particuliers. A savoir, des bouts de colonnes romaines, des morceaux de statues ou des briques disposées en forme de cœur !
La partie moderne est en fait constituée d’un ensemble de rues et de ruelles adorables, anciennes également. Évoquons, pour nous faire une idée de leur aspect, le vieux Nice, les rues étroites de Villefranche-sur-Mer ou du vieux Menton, ensembles architecturaux les plus proches. En fait, l’endroit le plus étonnant est constitué d’une rue principale, longue, étroite et piétonne. Des « vico » (petites ruelles, en impasse ou non, desservant des immeubles d’habitation) la traversent qui descendent sur le port ou remontent en impasses. A chaque pas de porte ou presque, une petite boutique. Essentiellement des épiceries, des primeurs, des boucheries, quelques rares autres boutiques diverses et variées. On y trouve de nombreuses boulangeries qui vendent la spécialité du coin : les « tieli ». Très curieusement, cette tourte à la pâte moelleuse garnie d’une nourriture variée (poulpes, aubergines, tomates, oignons, champignons, anchois …) ressemble quasiment parfaitement à la Tielle sétoise. Coïncidence ? Même nom, même fabrication, seul le contenu de la tourte change. Nous avons testé, c’est plutôt très bon !
Vous l’avez compris, nous sommes tombés raides amoureux de cet endroit. Il y a une grande et belle plage à deux pas, juste derrière le centre. Curieusement, la ville lui tourne le dos ce qui n’est pas fait pour nous déplaire. Un mont couvert d’une végétation dense surplombe l’ensemble et permet aux gens du coin de se promener à l’ombre des pins parasols et autres variétés méridionales. Nous n’avions encore jamais rencontré ce genre de ville. Il n’y a quasiment aucun touriste, encore moins d’étrangers mais juste une population et des estivants italiens détendus et volubiles qui animent les rues ô combien commerçantes. Cerise sur le gâteau, un festival de jazz, gratuit mais de bon niveau semble-t-il, s’y déroule en ce moment. Pixel va trainer encore un peu ici : il l’a bien mérité et nous aussi. Ce sera notre escale coup de cœur de ce mois de Juillet (rien que ça!). Ci-dessous, une vue du port médiéval.
Ils ne vont quand même pas expédier Amalfi, Capri ou Procida en deux ou trois phrases lapidaires ???!! Et bien, si.
Passés devant Amalfi dans un clapot monstrueux, eaux barattées par des centaines d’embarcations sur-motorisées dont la principale caractéristique est de créer un sillage invraisemblable. Pas de mouillage possible dans ce chaos liquide : nous trouvons un vague endroit mal abrité. Quand le clapot se calme un peu vers minuit, la boîte d’en face crache ses boum-boum jusqu’au petit matin. Pas de débarquement donc.
Passés devant Procida : mêmes conditions, même dégoût pour ces « dingues » qui déchirent la mer de leurs hélices affolées, sans regarder où ils vont et de ces ferries qui ne respectent pas les règles de navigation … aucun endroit possible pour s’arrêter ici non plus. Tant pis (tant mieux?) pour ces îles et cette côte sur-occupées en ce mois de juillet. Nous ne pouvons pas naviguer tout le temps en mai ou juin, il faut bien être quelque part et c’est là que nous sommes. Nous ne verrons donc pas ces « merveilles » que se disputent des centaines de milliers de touristes. Cela ne nous émeut pas tant que ça : se promener dans des rues bondées n’est pas notre priorité ! Il nous reste néanmoins dans les yeux quelques images magnifiques des beautés aperçues sur le tribord de notre voilier : les villes perchées de la côte amalfitaine ou encore le bourg de Corricella, sur l’île de Procida que vous voyez ci-dessous (qualité photo très en-dessous de la moyenne, mais cela bougeait tellement !).
Amis navigants, ne passez pas par là en été : la totalité de la baie de Naples, les îles adjacentes et leurs contours sont proprement in-navigables. Le clapot arrêtera votre bateau plus sûrement qu’un bon 5 dans le nez, fatiguant gréement et matériel. Pour les connaisseurs, la baie de Saint Tropez ressemble au lac d’Annecy au petit matin si l’on devait la comparer à ce p… d’endroit.
Bon, je me calme et retrouve une part de ma grande sérénité (hum !). Nous restons encore quelques jours à Gaeta, vous avez compris pourquoi. Jeudi ce sera concert de Jazz avec un groupe italo-américain : rien que du bonheur. Et vous ?
En bonus, quelques images de la rue « magique de Gaeta !
Étroite, bordée de boutiques d’alimentation ou de petits commerces. Tous les habitants de Gaeta semblent se retrouver là pour les emplettes !
Plus « italien » que cette « frutta e verdura, tu meurs !
Fait « maison » !
Les nombreux clients locaux sont pressés de goûter les merveilles boulangères du coin.
Je viens chercher mon pain avec le carrosse mais dans quelques années, je prendrai ma Vespa (rouge !).
Nous n’écrivons pas souvent mais sommes des lecteurs assidus de votre site. C’est avec beaucoup de plaisir que l’on suit votre route d’autant que la plume qui relate les bonheurs et les misères de Pixel mérite toutes nos félicitations .
Odyssée musarde en Croatie et l’équipage s’émerveille devant ses paysages enchanteurs et ses villes au riche passé. Nous fuyons nous aussi la cohue estivale et trouvons beaucoup de mouillages calmes et gratuits. Dans quelques jours, nous serons à Dubrovnik où les touristes sont, parait-il, plus nombreux que les pavés de la vieille ville.
Bises à tous les deux, continuez vos découvertes.
Vous êtes bienheureux vous autres de flâner tranquillement dans des eaux turquoises et des sites paradisiaques malgré quelques avaries..Nous ici nous sommes écrasés par la chaleur et de plus tout le sud est en flammes: la région de Nice, Fréjus,Bormes les Mimosas, le pays d »Aix, d »Aubagne, Martigues et sa région, la Corse,,,, et j’en oublie.Un peu inquiets pour notre pompier de fils.
Hier soir nous avons eu Sébastien, Emilie,les enfants, Gérard et Nella et une amie Cécile.Tristan est très drôle et déjà plein d’humour, Il adore faire le clown.Maël est plus sérieux, plus réfléchi et un peu boudeur.
Nous avons gardé la maison de ma soeur à Martigues .A nous la grande piscine.Nous partirons une semaine en septembre on ne sait pas où? Sicile, Sardaigne?Croatie? Grèce?
Comment ça, des sites touristiques avec des … touristes ! pour voir quoi ? des ruines, des rues « en pente » et des maisons barbouillées de toutes les couleurs.
Et, pour arranger le tout, une mer avec du clapot.
Je suis sûr, vous regrettez le « bon temps » des pannes !
Vivement le « grand Nord » : des pingouins à la place des touristes et la banquise plutôt que le clapot…
Mais dépêchez-vous, ici la canicule n’en finit pas et puis les incendies embrasent le midi : les glaciers alpins font la gueule ! Le Grand Nord en a-t-il pour longtemps ?
Bon, je voudrais pas gâcher votre remontée vers … le nord.
A propos des bâteaux qui sillonnent la mer d’une fâçon anarchique en dépit des règles de navigation, c’est comme sur terre, les Italiens conduisent leurs bagnoles comme des gorets. Mais c’est l’Italie, il faut bien faire avec. Quant à nous, nous faisons un peu abstraction de tout çà. Il y a tellement de belles choses à voir. C’est le prix à payer. Bonne continuation. Yves.